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Les différentes formes de lectures :

 

Lecture cursive 

Lecture analytique

Lecture documentaire

 

L’un des buts essentiels du professeur de français est de faire beaucoup lire ses élèves. Donner des références, aider à la constitution progressive d’une culture littéraire chez ceux qui en manquent, cela exige qu’on institue des lectures nombreuses et variées. Or, au lycée, cela ne va pas forcément de soi. Pour les élèves, la lecture n’est pas un acte fondamental ; en dehors de la classe, elle devient gageure.

Cependant, nous ne pouvons pas nous en tenir à ce simple constat. Si nous voulons accompagner les élèves en vue de la découverte d’un grand nombre de textes, il s’avère nécessaire de mettre en place des stratégies diversifiées visant à développer la lecture et à en élargir le champ.

Trois démarches de lecture peuvent être pratiquées : la lecture analytique, (explication de textes ou lecture méthodique) qui a pour but l’examen méthodique des textes suivi d’un travail d’interprétation, la lecture cursive et la lecture documentaire.

 

 L A  L E C T U R E  C U R S I V E

 

  La lecture cursive est la forme de lecture la plus libre. Elle vise à faire des élèves des lecteurs autonomes. En effet, plus personnelle et moins exigeante que la lecture analytique, la lecture cursive cherche avant tout à faire découvrir un  écrivain ou un texte sans pour autant faire de l’exhaustivité un impératif. En cycle terminal, elle est un outil nécessaire afin d’inciter le futur bachelier à « lire de la littérature française ou étrangère  et à compléter ainsi les référents culturels qui contribuent à l’épanouissement de la personne et au développement de l’esprit critique ».

Ce mode d’appropriation qui amène les élèves à lire régulièrement des romans de thèmes et de longueur variables, n’a rien d’innovant. Quel enseignant de français ne s’est-il pas inscrit dans une démarche qui exigeait  la traditionnelle et caduque  fiche de lecture ? Mais nous savons tous que, dans ce cas, chaque élève peut fort bien se passer de la lecture de l’œuvre.

Plus pertinent nous apparaît  le guide de lecture (sorte de carnet de bord) qui, mis en pratique à l’intérieur d’un dispositif, permet de s’assurer que chaque élève a bien lu l’œuvre, et surtout qu’il a su en cerner les enjeux essentiels.

 

- Dispositif pour la lecture cursive

1- Le programme de lecture

Le programme de lecture est élaboré en fonction des objectifs que l’on désire atteindre, du profil des élèves et des R.P.

Le livre lu doit être le même pour toute la classe.

2- Le guide de lecture

Les objectifs du guide de lecture :

- susciter une motivation, créer un intérêt, en suggérant que la lecture  va permettre de découvrir une œuvre, un auteur, une manière de voir le monde ;

- étoffer le capital culturel des élèves ;

- essayer de donner du sens à la lecture ;

- habituer les élèves à une lecture raisonnée avec prise de notes (développement des compétences) ;

- attirer l’attention sur des éléments textuels (augmentation des notions).

3- L’évaluation

L’évaluation s’effectue en classe selon trois modalités :

     a- Les élèves ont recours à leur guide de lecture et au livre.

L’évaluation permet de vérifier le travail personnel de l’élève, son mode d’appréhension. Les questions seront précises. Elles invitent plutôt à se déplacer dans le texte.

     b- Les élèves n’ont recours qu’au livre.

L’évaluation permet de vérifier non seulement si les élèves ont lu avec attention mais aussi dans quelle mesure ils se sont approprié leur travail personnel. Les questions doivent tenir compte de cette nouvelle modalité.

c- Les élèves ne disposent d’aucun document

L’évaluation permet de vérifier la qualité de la lecture et du travail personnel de l’élève, ainsi que ses capacités de mémorisation et de réflexion.

Il va de soi que les questions inhérentes à l’évaluation recoupent en partie les pistes proposées par le guide de lecture. Il s’agit bien de vérifier la réalité d’un travail personnel et de le valoriser.

En outre, on peut adjoindre d’autres questions favorisant l’expression d’un  jugement personnel. Le critère d’évaluation sera alors la capacité à argumenter, à justifier le point de vue porté sur l’œuvre.

On peut mettre en place progressivement ces modalités d’évaluation, la troisième n’intervenant qu’en fin d’année ou dans le cycle terminal.

 

4- La correction de l’évaluation

     La correction de l’évaluation constitue une séance d’apprentissage qui va permettre de faire le point sur les compétences de lecture, les savoirs acquis, les notions à acquérir.

 

    5- Les prolongements.

     Les prolongements peuvent prendre des formes diverses :

- Elaboration d’un groupement de textes extraits de l’œuvre autour d’une thématique précise.

- Lecture analytique de l’œuvre intégrale : la lecture cursive constitue alors la première étape favorisant la préparation de cette seconde lecture.

- Exploitation de documents iconographiques : couverture(s) du livre ; lecture de tableaux ; analyse d’une caricature ; étude de l’affiche d’un film qui adapte l’œuvre. Eventuellement, projection du film.

 

En conclusion, ce dispositif de lecture est un dispositif souple, susceptible d’être modifié en fonction de la classe et des objectifs de l’enseignant.

L’intérêt d’une telle démarche est qu’elle met en place avec les élèves un contrat de lecture qui les amène à lire, pour le moins, le livre proposé. Mais surtout la tâche est plus stimulante dans la mesure où elle vise avant tout à valoriser l’effort personnel de l’élève à condition bien entendu d’adapter à chaque classe les œuvres choisies, les questions posées et les critères d’évaluation.

 

 L A  L E C T U R E  A N A L Y T I Q U E

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      Contrairement à la lecture cursive, la lecture analytique a pour but la construction détaillée de la signification d’un texte. Elle constitue donc un travail d’interprétation. Elle vise à développer la capacité d’analyses critiques autonomes. Elle peut s’appliquer à des textes de longueurs variées :

- appliquée à des textes brefs, elle cherche à faire lire les élèves avec méthode ;
- appliquée à des textes longs, elle permet l’étude de l’œuvre intégrale.
 [...] L’objectif de la lecture analytique est la construction et la formulation d’une interprétation fondée : les outils d’analyse sont des moyens d’y parvenir, et non une fin en soi. La lecture analytique peut être aussi une lecture comparée de deux ou plusieurs textes ou de textes et de documents iconographiques, dont elle dégage les caractéristiques communes, les différences ou les oppositions.

   Au-delà des principes - et des querelles d'écoles -, il nous suffit peut-être de savoir qu'une lecture analytique n'est pas autre chose qu'une manière méthodique de lire ! Elle est née du souci de remplacer l'explication linéaire par une démarche progressive capable de construire un sens. On peut ainsi parler d'une « lecture problématisée », puisqu'il s'agit de mener à bien, par une série de questions, un projet de lecture capable de parvenir à une interprétation. Ce faisceau de questions qui caractérise la problématique d'une lecture analytique impose un cheminement rigoureux qui peut se schématiser ainsi :

* attentes initiales et reconnaissance du type de discours : c'est à ce stade que peut se poser notre problématique(*);

* un texte se rattache à ………...., voire à un intertexte. Ce peut être le mouvement culturel dans lequel il s'inscrit, une forme ou un thème traditionnels. Nous semble-t-il qu'il en présente les caractères attendus, ou pensons-nous qu'il manifeste quelques écarts ? Voici une problématique.

* un texte se rattache à …………... Selon un principe identique, y reconnaissons-nous les caractéristiques les plus fréquentes ? Constatons-nous, là encore, quelques irrégularités ? Excellente occasion d'aller y regarder de plus près.


* un texte est traversé de plusieurs……………. Leur nature, leur variété pourront nous paraître paradoxales et
nous indiquer un terrain d'analyse fructueux.
 Dans l'ensemble, d'ailleurs, une problématique naîtra de notre étonnement devant un caractère inattendu présenté par le texte.

  

 L A  L E C T U R E   A N A L Y T I Q U E

M E T H O D O L O G I E

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 Donc, la lecture analytique a pour but de mettre en évidence l’originalité et la singularité d’un texte littéraire :

•  dans son sujet (situation, personnages, idées…) ;

•  dans les intentions, les objectifs, les buts de l’auteur ;

•  dans les moyens que l’auteur a utilisés pour atteindre son/ses but/s : genre littéraire, procédés de style, registres…

 Le principe de la lecture analytique est d’expliquer et de commenter un texte littéraire en regroupant des remarques autour de centres d’intérêt qui lui confèrent son originalité au texte :

•  La lecture analytique repose sur deux ou trois idées directrices à développer et à argumenter, à illustrer d’exemples comme des thèses successives qui éclairent le texte.

•  Toute lecture qui ne propose pas d’idées directrices est à proscrire.

* Notons qu’une idée directrice n’est pas un thème, mais une thèse, un jugement porté sur ce qui caractérise le texte et fait son intérêt.

 

LES ETAPES DE LA LECTURE ANALYTIQUE

La lecture analytique se décompose comme suit :

Etapes et contenu

Précisions et conseils pratiques

Cas particuliers

Introduction :

-  Situation du texte :

époque et contexte,

auteur, œuvre.

-  Teneur du texte :

genre, registre,

thème.

Attention : ne retenir de l’auteur que ce qui est en rapport avec le texte.

Indiquer le sujet du texte, ce qui s’y passe ou les thèmes abordés;

répondre simplement et brièvement aux questions : de quoi ou de qui parle le texte ? où? quand ? quoi ? 

Que faire quand on explique un extrait d’œuvre intégrale ?

S’il s’agit d’une œuvre narrative, préciser ce qui précède l’extrait, donner les éléments nécessaires à

la compréhension générale du texte (ex : nom et identité des

personnages dans une pièce de

théâtre). S’il s’agit d’un texte

argumentatif, préciser le thème

Lecture du texte à voix haute, claire et

expressive

 

Une bonne lecture (expressive) indique que le texte a été compris

Pour s’entraîner : enregistrer les textes sur cassettes, les réécouter,

améliorer la diction en réenregistrant. Cela constitue une banque de textes à réécouter régulièrement.

Pour un texte de théâtre, faut-il lire le nom des personnages ? Lire ou non les didascalies ? En général, non, pour ne pas morceler la lecture, mais il faut les exploiter dans l’explication.

 

 

Rappel de la question

posée et annonce des idées directrices (principaux  intérêts du texte choisi pour l’explication)

en 2 ou 3 phrases.

 

Une annonce claire doit permettre de savoir ce que l’on va expliquer.

Eviter des formulations du type : « Ma première idée directrice est… ma deuxième idée directrice… ».

Préférer une formulation plus élégante: «il est possible d’étudier ce texte selon deux perspectives…» ou «ce texte présente deux intérêts majeurs ».

Faut-il annoncer les axes de lecture avant ou après la lecture ? Après la lecture. Les annoncer avant risque de « désamorcer » ou d’émousser l’intérêt que l’élève peut prendre à la lecture du texte. Par ailleurs, en ce point de l’exercice, il ignore encore la teneur du texte.

 

Lecture analytique

(développement des

idées directrices

appuyées sur des

expressions du texte,

sur des relevés

commentés).

 

La lecture analytique peut suivre deux itinéraires. Elle peut être  linéaire : les remarques suivent la progression du texte, par exemple paragraphe par paragraphe ;

composée : on construit alors l’explication selon les idées directrices qu’on a choisies, en citant des indices dans l’ensemble du texte.

Attention : l’explication linéaire doit éviter la répétition. Ne pas relire par morceaux le texte dont on a déjà fait une lecture globale.

Pendant la préparation, ne pas rédiger ses notes en utilisant des phrases complètes ; surligner dans le texte les exemples à citer (ayez soin d’appuyer toute idée d’indices pris dans le texte et commentés

(« ICQ »)

Quel «itinéraire» est conseillé: linéaire ou composé? Cela dépend du texte ; on expliquera plus volontiers linéairement un texte dans lequel l’auteur ménage une progression, crée le suspense, ou construit en parties bien distinctes qui admettent deux idées directrices différentes. On optera pour une explication composée si le texte est long ou si les idées directrices retenues se fondent sur des indices éparpillés dans l’ensemble de l’extrait.

 

Conclusion :

-  Synthèse rapide ou

bilan de ce qui a été

expliqué.

- Ouverture.

 

Dressez le bilan de vos réponses à la question posée et élargissez

ensuite votre réflexion.

On peut ouvrir sur :

-  la suite de l’œuvre (pour une

œuvre intégrale) ;

-  le groupement de textes étudiés ;

-  l’objet d’étude (genre, mouvement littéraire) ;

-  une postérité littéraire (influence

de ce texte sur d’autres œuvres) ;

-  une comparaison avec d’autres

textes sur le même thème ;

-  avec d’autres formes d’art (peinture, adaptation éventuelle

en film ou opéra).

 

A quoi peut servir l’ouverture dans une conclusion ?

On peut infléchir l’orientation de l’entretien en lançant des pistes de conclusion. Exemple : parler de l’adaptation cinématographique

d’un roman peut inciter

 l’examinateur à vous interroger

sur ce film.

 

 L A  L E C T U R E  D O C U M E N T A IRE

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 Le chercheur scientifique et le collectionneur utilisent la même démarche : classifier, désigner, rechercher, réaménager les classifications, réviser les connaissances. Collectionner, c’est avoir au moins un début de projet de recherche documentaire. Les enfants aiment ramasser, collectionner. Pour eux, faire une collection appartient au domaine du jeu. L’enseignant peut partir de ce goût des enfants pour ancrer sa pédagogie. Collectionner oblige à choisir les objets et donc à en laisser d’autres, puis à classer, souvent avec l’aide d’un adulte. La collection s’organisant, on a envie d’échanger, soit pour parler de sa collection, soit pour obtenir des spécimens manquants. Pour l’enfant, c’est une occasion d’améliorer son expression, orale et écrite.

L’élève doit pouvoir mettre en œuvre des compétences en matière de lecture documentaire. La lecture documentaire n’est pas synonyme de lecture intégrale ; elle met en jeu la lecture sélective pour laquelle il faut former l’élève. La lecture documentaire (comme la lecture littéraire) relève de processus interprétatifs. Elle se découpe en plusieurs temps : préparation de la recherche, recherche, traitement de l’information, restitution. Cet apprentissage doit se faire sur des supports variés. Il s’appuie sur la reconnaissance d’aides au repérage : sommaire, table des matières, chapitres et titres, tables des illustrations, cartes, lexique. Deux points importants à travailler en classe : l’utilisation du lexique et les codes spécifiques de l’image. Cet apprentissage ne peut se faire qu’en situation, en utilisant directement des ouvrages documentaires.

Les apprentissages des élèves s’articulent à l’occasion de projets de productions. La lecture documentaire s’inscrit dans le cadre des enseignements disciplinaires, pour compléter des connaissances acquises ou pour valider des réponses.

On peut distinguer plusieurs moments dans un projet de recherche documentaire :

-  préparer la recherche en précisant le projet : cerner ce que l’on cherche par un questionnement et établir une liste de mots-clés ;

-  chercher les documents : à l’aide d’un logiciel documentaire ou d’un moteur de recherche, en choisissant différents supports, puis en retenant les documents qui semblent intéressants ;

- traiter les documents retenus : en extrayant les informations utiles, sans oublier de relever la référence bibliographique des documents utilisés ;
-  restituer : reformuler un texte, choisir des images, en fonction du projet et en citant ses sources ;

- mémoriser et réinvestir les acquis méthodologiques.

L’adulte est le tuteur naturel tout au long du travail de recherche documentaire ; un élève peut prendre la place de l’enseignant mais il faut alors préciser très clairement son rôle.

De nombreux exemples de production sont proposés : débat, dossier thématique, panneau, article de journal, exposé, chronologie, biographie, bibliographie, interview.

Pour évaluer les compétences des élèves en matière de lecture documentaire, on peut faire des évaluations ponctuelles sur des composantes de la recherche documentaire, à propos d’un travail disciplinaire. De nombreux exemples sont donnés, entre autres : créer une liste de mots-clés pertinents ou partir de questions, sélectionner les chapitres d’un sommaire dans lesquels il s’agit de trouver les réponses...

Le travail de recherche documentaire est l’occasion de travailler l’oral pour faire comprendre, justifier, convaincre, rendre compte... C’est l’occasion de faire écrire rapidement, d’écrire des textes de nature variée, à dominante narrative, explicative, injonctive... C’est l’occasion d’utiliser un traitement de texte, de travailler la mise en page...

La bibliothèque de l’école est un lieu privilégié. Le fonds de la bibliothèque est organisé en plusieurs espaces : narratif, documentation, exposition. Son contenu est composé de documents variés, sur des supports variés. La bibliothèque a aussi une fonction de mémoire des événements de l’école.

Le parcours documentaire d’un élève s’inscrit dans ce cadre : il doit repérer l’endroit où sont rangés les documents (usage d’un logiciel documentaire, observation de la signalétique, étude des différents types de documents). Le rangement, à la suite d’un travail, fait partie des activités pédagogiques !

Le livre souhaité trouvé, l’élève doit savoir localiser l’information dans l’ouvrage par une lecture sélective, en utilisant les outils documentaires, en repérant l’organisation de l’ouvrage et les différents types d’informations. En classe, on peut construire des affiches méthodologiques.

La prise de notes est un moment difficile et une démarche est proposée : après photocopie des articles retenus sur le sujet, l’élève souligne les idées importantes, les recopie sur une feuille, montre son travail à l’enseignant et rédige ensuite son texte personnel uniquement à partir des notes prises, puis l’enseignant corrige ce texte, l’élève réécrit...

Ces travaux peuvent donner lieu à des expositions. Il s’agit bien sûr d’une première proposition, à retravailler et à insérer dans des activités pédagogiques. Il nous semblerait intéressant de confronter nos pratiques avec celles de nos collègues de l’école primaire, de manière à mettre ensuite en place une progression des apprentissages documentaires. L’objectif commun est de permettre à l’élève d’utiliser tout centre de ressources et d’effectuer une recherche d’information en autonomie.

 


(*)- à développer si besoin est.

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